Géothermie profonde dans l’est du Cantal

«La géothermie doit prendre toute sa place dans la transition énergétique»

C’est en ces termes que la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie Delphine Batho a titré son édito dans la revue Géosciences du BRGM, bureau de recherches géologiques et minières. Elle souhaite diriger les «investissements d’avenir» vers la recherche et le développement des technologies de séquestration et de stockage de CO2, du stockage d’énergie et de la géothermie.
Elle vient d’accorder un permis exclusif d’exploration en géothermie profonde en vue d’une exploitation industrielle pour produire de l’électricité dans l’Est du Cantal.

Pour la société Electerre de France, bénéficiaire de ce permis, il s’agit d’enjeux géoscientifiques, techniques et économiques importants, puisque ces premiers forages à des profondeurs de 2000 à 5000 m permettront de développer des méthodes d’exploration, construire, exploiter des centrales géothermiques reproductibles. Ils devront maîtriser la gestion des réservoirs géothermiques et les impacts de leur exploitation sur l’environnement.

C’est donc la région de Chaudes-Aigues dans le Cantal, là où jaillissent des sources de 30°à 82°, qui va devenir ce laboratoire grandeur nature pour ce «saut de connaissances géoscientifiques» ! Car il s’agit de «maximiser l’énergie produite à partir d’une source chaude dont la température est fixe.» Cette région fait partie du rift ouest-européen allant du sud du Massif Central et s’étendant en Allemagne, jusqu’à Dresde, et, de la réussite des explorations, dépendront les futures et nombreuses implantations..

Malgré les propos rassurants («il n’y aura pas de fracturation hydraulique»), et dès qu’on se penche sur le site pilote de Soultz-la-Forêt en Alsace, qui utilise la technologie EGS, il y a quand même quelques risques. L’«Enhanced (ou Engineered) Geothermal System» ou «Systèmes géothermiques stimulés» vise à exploiter la géothermie des roches profondes naturellement fracturées.

La microsismicité est inhérente à cette technique de «stimulation» (ça faisait pourtant moins peur que la fracturation !) car les mécanismes mis en jeu lors des stimulations hydrauliques modifient localement les contraintes pouvant être à l’origine de déformations/glissements. «Ces microséïsmes se produisent lors de l’exploitation, en lien avec les pressions de réinjection, les changements brutaux de débits d’exploitation, l’évolution des contraintes thermiques ou l’évolution des propriétés des fractures.»

Parmi les inconvénients de cette technologie, il faut rajouter la concentration d’éléments chimiques utilisés pour «optimiser la porosité des failles».

Le projet de Chaudes-Aigues prévoit donc une distance minimum de 2 km de la station thermale. Sera-t-elle suffisante pour ne pas subir tous ces risques ?

On voit que, cependant loin de la dangerosité du nucléaire, les énergies renouvelables ne sont pas exemptes de problèmes.

Dominique Dumazel

fin mai : Deux nouvelles demandes de permis exclusifs de recherches de gîtes géothermiques de haute température ont été présentées par la société Fonroche Géothermie dont un dit « de Cézallier » situé sur les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal et de la Haute-Loire. La superficie couverte par ce permis est 1.044 km2…

article de La Montagne de décembre 2011

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